Kitchen Project répond aux questions de Sophie Eigenmann
Abstraits ou concrets?
Nous construisons nos films avec des matériaux concrets, des bouts de tissus, des bijoux en toc, des morceaux de plastique, des dessins, des photos, des images réalisées à l'informatique, des figurines peintes, etc... Devant l'objectif de nos mini caméras DV, nous manipulons tous ces matériaux qui constituent la base de notre cuisine cinématographique. Nous sommes pour le mélange des genres, ce qui nous conduit à mixer en direct des séquences d'images totalement abstraites, des formes narratives avec des personnages, une histoire, des décors, des effets. Nous fabriquons nos acteurs et les univers dans lesquels ils évoluent.
Improvisation ou écriture?
Nous fonctionnons un peu comme des musiciens. Avec notre instrument visuel à quatre mains, nous pouvons aborder une "partition" visuelle composée d'éléments totalement improvisés ou suivre le déroulement d'un scénario préétabli. Nous réalisons nos films sur scène, sur une petite table éclairée par des lampes de poche et le résultat est projeté en temps réel devant les spectateurs. Avec ce procédé esthétique et formel, nous pouvons interagir instantanément avec les musiciens qui nous accompagnent. Cela crée évidemment un échange, un dialogue, une énergie réciproque, induite par le son ou l'image. En restant très ouverts à toutes les formes de musique, qu'elles soient improvisées ou pas, nous pouvons explorer un maximum d'univers graphiques et narratifs.
Travail à l'intérieur ou à l'extérieur?
Pour constituer la matière première de nos films-spectacles, nous glânons divers objets, nous réalisons des photos, des dessins, des peintures que nous intégrons ensuite dans nos spectacles. Pour un conte animé comme "Kamoun" (l'histoire vagabonde d'un homme et d'un héron sur une maison flottante) qui une fois filmé dure à peu près vingt minutes, nous avons fabriqué plus de cent dix images sur photoshop, en utilisant en grande partie une série de photos réalisées au jardin botanique et au bord du lac. Dans un premier temps, nous avons fabriqué le personnage de cette histoire en deux dimensions, de face, de profil, avec toute une palette d'expressions du visage que nous avons ensuite intégré dans les scènes.
Dans un second temps, nous avons fabriqué en volume notre personnage et sa maison, afin de pouvoir les manipuler en trois dimensions devant nos caméras. Enfin, toutes ces images, tout ce fourbi prennent vie grâce au mouvement des caméras et au rythme du montage.
Notre "petite entreprise" nous permet d'être à la fois metteur en scène, caméraman, monteur, décorateur, scénariste, éclairagiste... Avec peu de moyens et beaucoup de bricolage, nous faisons notre cinéma qui tient dans une valise et un grand sac à dos.
Performance unique?
Kitchen Project propose une forme de cinéma expérimental qui transforme la vidéo en performance live, ce qui nous rapproche plus du monde des arts vivants, des arts de la scène que du cinéma ou de la vidéo présenté comme un produit enregistré. Chez nous rien n'est préenregistré, nos caméras nous servent à balayer et capter les images que nous faisons défiler devant nos objectifs. Nos spectacles n'existent qu'au présent et sur scène.
Quelles sont vos principales références esthétiques?
Pour le cinéma nous dirons que c'est un grand écart entre Chris Marker et Ed Wood, du bricolage sérieux quoi. Pour le reste c'est toute la condition humaine qui nous intéresse et qui nous préoccupe.
À qui s'adresse votre Kitchen?
A tout public n'ayant pas d'a priori formel.
Que cherchez-vous dans votre cuisine?
A confectionner des plats visuels faits avec amour et à les partager bien sûr.
Comment se porte-t-elle?
Notre cuisine? En perpétuelle ébullition. |